Antoine Jean-Louis Bourdillon

(1782-1856)

 

1° Les amis du vieux Châteauroux à l'occasion de l'inauguration de la médiathèque  de la ville, le 7 décembre 2001, viennent de publier dans la collection "Châteauroux et ses livres" une histoire de la bibliothèque : "1792-2000 de l'école centrale ... ... à la médiathèque". Antoine Jean-Louis ayant légué  toute sa fortune et ses livres à la ville de Châteauroux, un chapitre de ce livre lui est consacré et une courte biographie le présente. Le texte qui suit, rédigé par Xavier Madelin, est un extrait de ce livre   :

"Antoine Jean-Louis vient au Monde le 24 juillet 1782 à Genève. L'acte de naissance conservé aux archives d'Etat de la Genève indique qu'il a été baptisé le 27 du dit par spectacle Mourier (sic)-cote 1913. Jean-Louis Bourdillon passe sa jeunesse à Genève et s'initie certainement au métier de son père mais il s'intéresse aussi aux belles-lettres. 

Léonard Bourdillon (1725-1802) dans son histoire de la famille Bourdillon relate le mariage de Pierre-Elie, la naissance d'une fille et de Jean-Léonard II :
"18 janvier 1799.  Depuis un mois, Jean-Louis , fils de feu mon cousin Bourdillon Mussard vient tous les jours de fête et à d'autres moments de loisir pour mettre en ordre mes six bibliothèques. Il est occupé à dresser un tableau général par ordre alphabétique. Je lui ai donné pour sa peine tous les livres que j'avais en double, ce qui lui a valu 60 volumes. Il m'a aussi procuré l'échange de mes livres de sottise ou de sciences inutiles contre de bons livres qui ont paru depuis peu".

 

Il quitte Genève pour aller s'installer comme "négociant"en Avignon. Un voyage qu'il effectuera en 1813 en Italie nous permet d'avoir une idée de son physique car heureusement son passeport figure dans les papiers légués après sa mort. D'une taille assez petite (1,61m), il a un front haut, des cheveux et des sourcils châtains, des yeux bleus, un teint coloré dans un visage ovale.

Buste de Jean-Louis Bourdillon par le sculpteur Émile Barboux - Photo François Bourdillon 

Sous la restauration, il s'installe comme négociant à Paris sous la raison sociale : Bovet-Bourdillon et Cie" domiciliée 5, rue Saint Joseph dans le 2ème arrondissement, le quartier du Sentier. Il faisait pour cette firme de nombreux voyages en Espagne et en Italie. C'est ainsi qu'en 1813 il aurait acheté à Parme la belle copie du Saint Jérôme du Corrège par Schédone. En 1820 nous le retrouvons rue de Choiseul, toujours dans le même arrondissement où, après avoir renoncé au Commerce, il se livre exclusivement au culte des livres. Il fréquente les bibliophiles et se forme une bibliothèque fameuse par la rareté et le mérite des ouvrages qui la composent. C'est ainsi qu'en 1822 il fera l'acquisition auprès des héritiers de Garnier, préfet de Versailles, du manuscrit de la "chanson de  Roland".

 

S'étant retiré à la campagne en 1832, il eut l'occasion de fréquenter Louis Ambroise vicomte de Bonald (philosophe et écrivain, un des chefs du parti ultra-nationaliste, fervent catholique, créé vicomte par Louis XVIII. Il est ministre d'Etat en 1822 et Pair de France l'année suivante) dont l'influence aura comme conséquence la conversion de Jean-Louis Bourdillon au catholicisme. Il aurait abjuré le calvinisme entre les mains de monsieur Maurice de Bonald, évêque du Puy (fils du  vicomte de Bonald, sulpicien, évêque du Puy en 1823, puis archevêque de Lyon en 1940, il reçut le chapeau de cardinal à la mort du cardinal Fesch). En 1835, il va s'établir à Chambéry. Il retourne à Genève en 1847 après s'être marié en 1835 avec Claudine Jeannot. Celle-ci décède le 5 avril 1835sans que le ménage ait eu la joie d'avoir un enfant. C'est peut-être une des raisons de sa misanthropie, d'autant qu'il a eu des relations difficiles avec sa famille genevoise qui ne lui pardonne  pas sa conversion. Il passe les derniers jours de sa vie enfermé dans la bibliothèque de son immeuble  de la place de la Madeleine qu'il avait acquis en 1797 de Dame Elizabeth Massé, veuve d'Ami Bourdillon. Il s'éteint le 12 juin 1856. Il avait eu la précaution d'établir son testament par devant Maître Jean-Louis Binet-Salomon le 20 juin 1855.

 

C'est dans ce document qu'il écrit "Châteauroux, berceau de ma famille". Cette indication est à l'origine des erreurs bibliographiques reprises par de nombreux auteurs. En fait une branche des Bourdillon, catholique , existait bien à Châteauroux. On en trouve trace dès 1641 avec le mariage de George Bourdillon en l'église de Saint Christophe de Châteauroux avec Jeanne Robin. Toutefois une rencontre de François Bourdillon de Genève avec un François Bourdillon de  Châteauroux aurait eu lieu en 1792 (archives du musé de Châteauroux, note manuscrite sans date ni auteur. Par recoupement dans les arbres généalogiques ou notes de filiation, ce pourrait être François Bourdillon (branche Suisse) [1737-1817] et François Bourdillon (branche de Châteauroux)  [Chtx 1749-1801]  fils de Jean Bourdillon procureur au Magnet.

 

Ainsi s'éteint une des branches de la famille Bourdillon dont toutefois le souvenir reste impérissable dans la mémoire de notre ville. Pour perpétuer la mémoire de ce grand donateur, la municipalité de Châteauroux fit réaliser un buste de Jean-Louis Bourdillon par le sculpteur local Émile Barboux (buste en bronze qui sera installé dans la salle de lecture de la médiathèque)."

 

2° Le legs comprends outre sa fortune et ses immeubles 2300 livres dont :

- le manuscrit sur parchemin de la chanson de Roland ayant appartenu à la bibliothèque de Louis XVI (il porte son chiffre sur le dos)

- le bréviaire parisien manuscrit du XVème siècle somptueusement orné de miniatures rehaussés d'or

  

 

- Tristan, Chevalier de la table ronde, incunable imprimé vers 1496 sur vélin et abondamment illustré de miniature.

 

 

 

 

3° Le testament olographe "nomme et institue pour héritière universelle la ville de Châteauroux du département de l'Indre en France berceau de ma famille et dans laquelle je compte  encore aujourd'hui de nombreux parents à charge par la dite ville de remplir les conditions suivantes :

- 1 à 11 .../...

-12° de garder à perpétuité mes livres, manuscrits et objets d'art, tels que les tableaux, portraits, gravures, bague, vases, pendules et flambeaux en bronze, tables en marbre avec mosaïque, . A cet effet la ville de Châteauroux fournira un local pour loger ces divers objets lequel soit autant que possible à l'abri du feu. Cet établissement sera doté pour quatre vingt dix neuf ans : 

            * d'une rente annuelle de six cent francs pour servir à l'achat de nouveaux livres lesquels devront être choisis parmi ceux réputés classiques dans toute la force du mot,

            * d'une rente annuelle de  huit cents francs pour servir d'honoraires d'une personne préposée aux soins de la dite bibliothèque".

 

4° Il faut noter dans ce testament  le passage suivant concernant Ami Jean-Etienne Bourdillon :

" Un parent que je ne connaissais point Mr. Ami Jean - Etienne Bourdillon commis chez M.M. Jacquemet frères, place du Mollard ayant jugé à propos de me rendre visite, je crois devoir de mon coté lui témoigné que j'en ai gardé bon souvenir afin qu'il ne regarde pas comme fausse la maxime qui dit que la politesse coûte peu et rapporte beaucoup, en conséquence je lui lègue une fois pour toutes par le présent la somme de dix mille francs. Quant aux autres parents que je puis avoir dans ce pays, comme depuis nombre d'années je n'ai pas vu l'apparence de l'un d'eux chez moi, la maxime  ci-dessus ne saurait les regarder ni moi non plus".

 

5° Le 7 décembre 2002, François Bourdillon (1953), auteur du présent site internet, a été  invité à l'inauguration de l'exposition "de l'école centrale à la médiathèque : histoire de la bibliothèque de Châteauroux (1792-2000) par le Maire de Châteauroux, Jean-François Mayet, et le conservateur en chef des bibliothèques de la ville, Alban Pendriez. Il a découvert les fabuleux trésors légués par Jean-Louis à la ville de Châteauroux.  

François Bourdillon le 7 décembre 2001

Voir aussi l'Exposition : La bibliothèque de Jean-Louis Bourdillon (1782-1856) du 17 décembre 2003 au 14 février 2004

Retour Sommaire