Sir Bernard (1883-1948)

et le général de Gaulle

 

 

Les événements qui vont suivre sont évoqués de façon complémentaire et totalement convergente par le Général de Gaulle dans ses "Mémoires de Guerre", par l'historien anglais R D Pearce auteur d'une biographie de Sir Bernard Bourdillon et par P M de la Gorce dans son livre "de Gaulle" (2 000).

Après un bref séjour à Londres, Sir Bernard rejoint Lagos le 8 juillet 1940,c'est à dire quelques jours après les graves événements que l'on connaît : déclaration du maréchal Pétain demandant l'armistice à Hitler (17 Juin), appel du général de Gaulle à poursuivre le combat (18 juin), destruction dramatique et sanglante d'une partie de la flotte française par les Anglais à Mers-el-Kébir (4 juillet). D'abord tentés de rallier la France Libre, un certains de hauts fonctionnaires coloniaux français changent d'avis en raison de ce drame et aussi du fait des pressions de Vichy : le général Noguès (Maroc), le gouverneur-général Boisson (AEF puis AOF), le gouverneur Brunot (Cameroun) refusent de se rallier et prennent une attitude hostile à l'Angleterre. Les colonies anglaises d'Afrique, selon le commandant en chef des troupes britanniques en Afrique Occidentale, le major-général Giffard, sont dans une situation précaire et à la merci d'une attaque française : il envisage donc le rapatriement en Angleterre des femmes et des enfants. Le général de Gaulle a besoin d'un territoire en Afrique pour servir de base à la France Libre. Sir Bernard Bourdillon estime que la situation n'est pas si grave et que les colonies anglaises d'Afrique peuvent encore jouer un rôle important dans la guerre contre le nazisme. Entre Giffard et Bourdillon il y a beaucoup plus qu'une différence d'appréciation : pendant quelques semaines se développe entre les deux hommes un véritable affrontement, arbitré finalement par le Colonial Office. Sauf en ce qui concerne le Sénégal, c'est le point de vue de Bourdillon qui prévaudra, avec le succès que l'on connaît.

Sir Bernard et la France libre

Alors que le Gouverneur-Général Boisson est encore à Brazzaville, il semble possible à Sir Bernard d'obtenir très rapidement le ralliement du Sénégal à la France Libre. Mais cette idée semble terriblement aventureuse en haut lieu...Et de ce fait, à Londres, on atermoie, on perd du temps, on se prépare lentement...Selon Sir Bernard le délai que l'on s'est finalement donné s'est avéré fatal. En effet : malgré l'importance des moyens mis en œuvre on aboutit au fiasco que l'on sait (23 09).

Sir Bernard a très vite compris l'importance capitale de l'AEF pour le général de Gaulle. Mais il sait que la propagande nazie présente la France Libre comme un jouet entre les mains de l'Angleterre. Il sait aussi que les Etats-Unis qui entretiennent des relations cordiales avec Vichy n'ont pas reconnu la France Libre et il ne veut pas heurter leur susceptibilité. Il pense que le ralliement de l'AEF ne peut être que le fait des Français Libres eux-mêmes. Mais dans le même temps il pense que l'appui moral et logistique du Nigéria peut être décisif. Il accepte de transmettre au général de Gaulle à Londres deux lettres du gouverneur du Tchad Félix Eboué, prêt à rejoindre la France Libre, par ailleurs, il renseigne le Général sur la situation au Cameroun où le directeur général des Chemins de Fer, M. Mauclère partisan du ralliement à la France Libre s'affronte avec le Gouverneur Brunot, inconditionnel de Vichy. Le général, qui a reçu ces différents messages, envoie à Lagos cinq émissaires : Leclerc, Pleven, Boislambert, le commandant d'Ornano (venu du Tchad) et le colonel de Larminat (venu de Syrie). Ces émissaires seront reçus par Sir Bernard et Lady Violet avant de poursuivre leur mission.

Leclerc et Boislambert, après avoir transité par Tiko et Victoria s'empareront sans coup férir de Douala,puis de Yaoundé, malgré l'opposition du gouverneur Brunot. Avec l'appui de Mauclère. Pleven se rendra à Fort-Lamy où l'attend le gouverneur Félix Eboué. Larminat se rendra à Brazzaville où il devra vaincre l'opposition du général Husson, successeur de Boisson et partisan de Vichy.

Le Tchad et le Cameroun se sont ralliés le même jour : le 26 août 1940. Il aura fallu trois jours pour parvenir au ralliement du Congo et de l'Oubangui-Chari : les trois glorieuses : 26, 27, et 28 août 1940. Le ralliement du Gabon n'a été effectif qu'en septembre en raison de la présence d'un sous-marin de Vichy venu tenter d'empêcher l'opération. Le Gouverneur-Général Boisson et l'amiral Platon avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir, mais sans succès, pour s'opposer aux actions de la France Libre, soutenue discrètement efficacement et opiniâtrement par Sir Bernard.

Le général de Gaulle et Sir Bernard

Le général de Gaulle a tenu à se rendre à Lagos dès le mois d'octobre 1940 pour y rencontrer Sir Bernard. Cette entrevue fut extrêmement importante, d'une part pour l'amitié franco-britannique, et aussi pour les relations entre les deux hommes : estime réciproque, confiance, unité de conceptions, amitié. Lady Violet, excellente maîtresse de maison sut donner à cette entrevue un caractère familial que de Gaulle apprécia énormément. Le général accepta plus tard d'être le parrain d'une petite-fille de Sir Bernard : Sally, fille de son fils aîné Bernard-Godwin, victime de l'attentat de l'Irgoun, contre l'hôtel du Roi David . En 1960, le général de Gaulle devenu Président de la République Française, fit un voyage officiel à Londres et n'oublia pas de convier à la réception qu'il offrit à cette occasion Lady Violet, Joy (veuve de Bernard-Godwin), et Sally (Sir Bernard était mort en 1948).

Le Nigéria apporta aux colonies françaises ralliées à la France Libre une aide économique substantielle. Une mission française s'installa à Lagos et resta ouverte jusqu'en septembre 1943. Sir Bernard resta en poste à Lagos jusqu'en mai 1943 et fut affecté au Colonial Office à Londres avant de prendre sa retraite.

 

Extrait d’une communication de Jacques Bourdillon, fils aînée de Charles,
à la société nivernaise des lettres, sciences et arts (an 2 000).

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